Traces

Publié le par philippe-lobia

 Visiter des sites dits alternatifs peut être instructif même si ils sont souvent violents et outranciers, mais les plus sérieux d'entre eux offrent la possibilité de se «frotter» à des idées auxquelles on auraient pas forcement accès par ailleurs dans la presse classique. On le sait, les révolutionnaires d' hier sont souvent devenus les conservateurs d'aujourd'hui, c'est un grand classique de la vie. Ces sites alternatifs et leurs partis pris présentent l'avantage de forcer celui qui s'y dirige, si il n'est pas dans l'empathie et l'adhésion à réagir, à réfléchir et essayer de trouver l'argumentation qui lui semble la plus efficace pour compenser, rééquilibrer et trouver une position juste. On évolue pas, on le sait, a fréquenter exclusivement les gens qui nous ressemblent et nous confortent dans nos convictions. 

Parmi les sites que je fréquente et auxquels j'avais par ailleurs envoyé un mail faisant lien avec mon travail et le matériel d'écoute auquel j'ai à faire, espérant toujours trouver parmi eux des énergies nouvelles moins soumises et donc potentiellement apte à relayer des informations, il y a Causeur dont le slogan «surtout si vous n'êtes pas d'accord» et l'Incorrect, dont le slogan est «qu'il se taise».

Le premier a de contributeurs connus comme Élisabeth Lévy et Alain Finkielkraut, le second moins connu et plus recent est apparenté au conservatisme . Je ne suis abonné à aucun de ces sites, Causeur offre de nombreux articles en libres accès alors que le second pratiquement aucuns, seul l'éditorial. Hier soir j'ai lu celui de Jacques de Guillebon nommé: «l' effacement des traces» où il était question du moisi à laquelle peut être assimilée une certaine France avec certaines valeurs dans l'esprit de ceux qui croient que l'on peut construire à partir de rien. J'ai regardé ensuite quelque temps à la télévision un film appelé «les animaux fantastiques».

Alors que je me couchais, j'ai remarqué, peut-être était-ce le fait de ce film fantastique avec des gentils sorciers, des effets spéciaux et une image très soignée, sur le mur face à mon lit, mur sur lequel j'ai fait une sorte de mezzanine pour pouvoir stoker des tableaux, comme un dessin, issu de la moisissure et décomposition du plâtre due à l'humidité représentant un ourson, debout face à moi.

Ce hasard je veux le percevoir comme un clin d’œil du destin, un élément d'illustration de l'épreuve que je vis, à la fois sordide et poétique, atroce et romanesque. Romanesque non pas dans le sens d'une fable inventée pour distraire puisque ce que je vis est bien réel, mais dans le sens ou les enjeux, les symboles en jeu, les outils extraordinaires et les personnes à la monstruosité cinématographique auxquels j'ai à faire font de cette histoire comme une épopée rocambolesque digne d'un roman d'aventure, si il n'y avait pas la répétition, la durée dans le temps et la perversité des personnages qui lasseraient vite un lecteur. Je veux pourtant, c'est mon coté artiste le décrire en essayant de transformer le moche en quelque chose de léger et maîtrisé pour en faire parler bien sur, utiliser la maladresse de mes bourreaux, en extraire le coté cocasse et ridicule qui éloigne pour un temps du sordide qui lui, et c'est normal, fait fuir. Pour communiquer sur le mal on le sait il est plus efficace de le conter un peu comme un récit extraordinaire par les enjeux et les symboles qu'il confronte et qui peuvent , dans une certaine mesure, être ici représentés par ces deux signifiants: l'ourson et la pourriture.

 

L'ourson n'est pas une obsession chez moi, même si j'ai fait deux tableaux où ils est un élément de la composition, il évoque la petite enfance, ce qui est amené à croître, à se développer en opposition au moisi qui évoque la décomposition, le délabrement et la mort en quelque sorte.

 

 

 

 

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